Les étudiant-e-s comme acteurs du changement

JTN - public

Les étudiant-e-s et enseignant-e-s du Gymnase d’Yverdon réunis lors de
l’ouverture de la 1ère Journée de la Terre nourricière en 2015 (Photo D. Domeniconi)

1.  Apocalypse Now ?

Si la crise globale que nous vivons est en partie économique, politique, sociale, environnementale, morale ou encore culturelle, elle est avant tout une crise de civilisation qui appelle à réinventer un autre monde.

Bien sûr, il faut reconnaître qu’au cours des différentes révolutions industrielles du XIXe siècle et du XXe siècle de nombreux progrès sont apparus en moyenne au niveau global, tant sur le plan de la santé que sur celui de l’éducation ou encore de l’alimentation. Ces progrès sont en grande partie dus à l’évolution des technologies ainsi que par l’exploitation des énergies fossiles et, en particulier, du pétrole. De nombreuses inégalités demeurent mais force est de constater que le niveau moyen de vie au niveau global s’est élevé.

Néanmoins, notre société fait face en ce début de nouveau millénaire à de nombreuses crises : le 11 septembre 2001, les guerres d’Irak et d’Afghanistan, une crise économique majeure, la raréfaction des ressources énergétiques, les changements climatiques ou encore les attaques terroristes en 2015 et 2016 qui ont créé une vague d’indignation planétaire. Tout ceci crée des inquiétudes relayées récemment par le World Economic Forum de Davos dans un article du Temps.

Ainsi, nous pouvons légitimement nous poser la question suivante : s’il semblerait que nous soyons confrontés à des crises généralisées et sans précédant du système global, allons-nous droit vers un effondrement de notre civilisation ?

C’est en tout cas ce que suggère Jared Diamond dans son livre Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (2005) où il relève des facteurs généraux qui ont contribué à l’effondrement de sociétés passées et démontre que ces facteurs sont présents aujourd’hui. Et M. Diamond d’ajouter :

« Ainsi, du fait même que nous suivons de plus en plus cette voie non durable, les problèmes mondiaux d’environnement seront bel et bien résolus du vivant de nos enfants. La seule question est de savoir si la solution ne sera pas trop désagréable, parce que nous l’aurons choisie, ou désagréable, parce qu’elle se réglera sans que nous l’ayons choisie par la guerre, le génocide, la famine, les épidémies et l’effondrement des sociétés. » J. Diamond, Effondrement (2005)

2. Un monde en transition ?

Toutefois, on pourrait se demander si nous ne serions pas plutôt au cœur d’une société en mutation. En d’autres termes, ne s’agit-il là pas de la fin du monde tel qu’on le connaît et d’un passage vers une nouvelle civilisation ? Ainsi, la question ne serait donc pas tant de réparer un système en crise mais bien de passer à une nouvelle organisation du monde.

Ce changement de perspective n’est pas anodin puisqu’il permet d’abandonner une vision relativement pessimiste de l’avenir de notre société pour passer à une vision plus créative qui met en avant des alternatives au modèle actuel, qui montre des exemples de réussites et surtout qui part de l’hypothèse que le changement est possible pour chacun d’entre nous et maintenant.

C’est ce que relève l’UNESCO, lorsqu’elle dit :

« Pour édifier un monde plus juste, plus pacifique et plus durable, les personnes et les sociétés doivent toutes renforcer leur pouvoir d’action et acquérir des connaissances, des compétences et des valeurs, tout en ayant davantage conscience de la nécessité d’être les moteurs du changement. », UNESCO

3. Les étudiant-e-s comme acteurs du changement

JTN - Groupe ESC

Le groupe d’étudiants à l’origine de la 1ère Journée de la Terre nourricière : Jean Renevey, Alycia Saybouakhao, Laurane Gallou, Mélanie Montone, Clémence Giroud, Justine Greim et Lucie Corset) (Photo S. Memic)

Assurément, si par le passé les problèmes de société étaient généralement résolus par des instances locales, régionales ou globales, un nouvel acteur est entré en scène aujourd’hui : l’individu. Celui-ci s’organise en réseau et transforme le monde à coup d’initiatives personnelles. C’est ce que Don Tapscott et Anthony D. Williams appellent la Wikinomie et la macrowikinomie. D’autres initiatives invitent le citoyen à s’organiser et à transformer le monde qui l’entoure à l’image des mouvements sociaux de transition initiés par Rob Hopkins ou encore des entrepreneurs sociaux comme par exemple Yvon Chouinard qui a fondé l’entreprise Patagonia ou Robin Cornelius qui a créé Switcher, et plus récemment Product DNA.

Et si ces mouvements étaient transposés à l’éducation ? Et si l’on pouvait considérer l’éducation et les étudiants comme des acteurs à part entière de la société ? Et si l’on offrait l’opportunité à ces derniers de transformer la société qui les entoure ?

JTN - compost

Présentation du travail de maturité de Mathias Brühlmann et Nathanaël Collaud
sur le compost (sous la direction de M. Dind) (Photo D. Domeniconi)

On constate que l’éducation traverse une période de forte remise en question à l’image d’Edgar Morin qui relève, à propos du système éducatif qu’il «disjoint et enclôt les connaissances interdisant ainsi la possibilité d’embrasser les problèmes fondamentaux et globaux de nos vies d’individus et de citoyens.».

Dans ce système, comme le dit Ken Robinson, « les élèves perdent leur capacité créative car l’erreur est stigmatisée » ; « la capacité académique est le critère premier de réussite masquant ainsi le fait que l’intelligence est variée, dynamique et distinctive » ; ou encore « l’éducation est standardisée encourageant en conséquence le conformisme à un moment où il est nécessaire de mobiliser toutes nos formes d’intelligences pour trouver des solutions innovatrices et originales aux problèmes contemporains. » (tiré des conférences TED de Ken Robinson).

Le temps n’est-il pas venu de considérer les étudiants comme des acteurs de la société qui sont capables de la transformer ? C’est notamment ce que vous découvrirez sur ce site internet où les initiatives de nombreux étudiant-e-s sont présentées.

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Matteo Bagutti présente son travail de maturité sur l’aquaponie (Photo D. Domeniconi)

Ceci est possible mais, comme le dit Ken Robinson, il est « essentiel de former nos étudiants pour qu’ils puissent faire face à un futur incertain. Nous ne le connaîtrons peut-être pas mais eux si et notre travail est de les aider à en faire quelque chose » (tiré des conférences TED de Ken Robinson).

4. Le gymnase : berceau de la transition ?

Dans cette perspective, le gymnase est un lieu parfait pour mobiliser les étudiant-e-s et stimuler leur créativité afin de les amener à agir concrètement dans leur société. En effet, le gymnase est :

  • Un lieu d’intérêt public dont le but est, entre autre, de former, de guider, d’encourager.
  • Il a pour mission « de préparer les étudiants à assumer des responsabilités au sein de la société » (RRM, p.10) et les étudiants sont amenés à « se situer dans le monde actuel (…) » et ils se « préparent à y exercer leur responsabilité à l’égard d’eux-mêmes, d’autrui, de la société et de la nature. » (RRM, p.16).

En ce sens, le gymnase crée un climat de possibilités dans lequel les étudiant-e-s peuvent innover et trouver des solutions aux grands défis du XXIème siècle. Et d’ajouter que le cadre scolaire du Canton de Vaud se prête parfaitement à cette transition en cela qu’il offre au travers de son programme scolaire :

  1. Une éducation adéquate qui permet de comprendre en quoi le monde actuel est en partie à remettre en question ;
  2. Une remise en question de soi-même (transition interne) par la confrontation à diverses représentations du monde qui permettent à l’étudiant de se forger les siennes.
  3. Ceci lui permet ensuite d’influencer et transformer le monde qui l’entoure (transition externe) au travers de démarches pratiques et concrètes afin de lui faire comprendre que le changement passe par chacun et lui donner confiance qu’il a, entre ses mains, la capacité de prendre part à un monde en transition.

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Des étudiant-e-s autour de l’arbre qu’ils ont planté lors de la mise en place du verger (Photo D. Domeniconi)

Pour reprendre les mots de Jérémy Rifkin, nous sommes en train de vivre une « troisième révolution industrielle » (le WEF parle lui d’une quatrième révolution industrielle) qui voit le monde traverser une crise qui implique des changements fondamentaux au niveau de l’humanité et de son fonctionnement.

Nous avons maintenant l’opportunité de transformer le monde pour le rendre plus résilient et de nombreuses personnes ont déjà entrepris de le faire. Il est temps d’impliquer nos étudiant-e-s, de mobiliser leurs capacités et de mettre leur créativité au service d’une société qui n’en a jamais autant eu besoin. La question qui demeure est : comment amener ce changement ? En ce sens, l’Education au Développement Durable propose des pistes intéressantes.

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